Compagnie de reconstitution historique, qui oriente son travail sur la valorisation du patrimoine médiéval. Emboîtant le pas à l'archéologie expérimentale, elle dresse un tableau vivant et fidèle de la vie quotidienne au sein des seigneuries castrales des X ème et XI ème siècles en France.
Sa démarche est à la fois culturelle et historique et fait le lien entre la recherche archéologique et historique et le grand public. A la pointe des dernières publications sur le sujet, elle fait un véritable travail de synthèse qu'elle traduit de manière fondamentalement pédagogique.
Crée en 1989, Virges Armes commence par élaborer des animations théâtrales alliant escrime, comédie et chants qu'elle présente sur différentes fêtes historiques. Rapidement, son intérêt pour l'An Mil s'accentue et le besoin de l'exprimer au plus grand nombre se fait sentir. Ayant, par ses spectacles annuels, fidélisé le public de sa ville natale - Château-Thierry (Aisne) - elle créé en 1997 "La Maisnie Gondobald", concept novateur mettant en scène la vie quotidienne des seigneuries rurales en France du X ème au XI ème siècle au travers des démonstrations artisanales et une analyse du contexte historique. Elle ouvre alors "L'Habitat Castral de l'An Mil", un centre d'interprétation reconstitué au cœur du château médiéval de la ville de Château Thierry. La restitution a pour dessein de présenter la vie quotidienne de la population vivant et travaillant dans les enceintes domestiques des premiers châteaux de bois. Grâce à des démonstrations artisanales uniques et une restitution fidèle des techniques et équipement de l'époque, nous sommes en mesure de proposer une page d'histoire vivante et passionnante.
De l'année 2000 à l'année 2003, forte de son expérience, la compagnie reprend pendant ces trois années la gestion et l'animation du "Château à Motte de la Haie Joulain" situé à Saint Sylvain d'Anjou (Maine et Loire). Véritable restitution archéologique d'un édifice défensif en bois et en terre et ancêtre des premiers châteaux-forts, le "château à motte de la Haie Joulain" reste, à ce jour, un site unique en Europe. Cette activité supplémentaire a permis d'affirmer notre expérience professionnelle en matière de gestion et d'ouvrir de nouvelles perspectives dans notre activité de reconstitution historique.
Grâce à ses pôles de recherches et d'échanges, de ses animations itinérantes au fort potentiel expérimental, l'association a pu étoffer et grossir la liste des activités de la compagnie.

Le contexte historique.

Entre les années 950 et 1050, la société franque subit une transformation fondamentale de ses structures sociales. Depuis le début du IX ème siècle, les comtes d'abord puis les châtelains n'ont cessé de s'émanciper, s'accaparant les prérogatives du roi. Désormais, le droit de juger comme le pouvoir de punir sont dispersés en une multitude de pouvoirs politiques de toutes tailles. C'est pour affirmer la puissance personnelle de ces seigneurs que va naître le château-fort. Simples mais efficaces, ces fortifications consistaient d'abord en de simples enclos palissadés parfois ceints d'un fossé et d'un talus. Mais très vite va s'imposer le château sur motte , éminence symbolique du pouvoir féodal que chaque seigneur se fera un devoir de posséder. Mais à côté de ces fortifications primitives, il existe aussi de puissants châteaux alliant la pierre et le bois d'où s'érigent de nombreux pouvoirs comtaux, seigneurs suffisamment riches pour pouvoir entretenir de tels édifices.
Au tournant de l'an mil, le château fortifié, qu'il soit comtal, châtelain ou seigneurie banale, se caractérise de plus en plus sous la forme d'une enceinte divisée en deux zones d'occupation distincte. Cette organisation bi-partie, se composera d'une part de la partie noble, dite "Haute Cour" et d'autre part de la partie domestique appelée "Basse Cour". Si la vie noble et politique s'organise depuis la Haute Cour ou réside le seigneur, toute la vie économique s'organise au sein de la Basse Cour.
C'est vers ces Basses Cours et surtout vers la population qui les occupe, que Virges Armes oriente son travail et ses recherches. L'Habitat Castral de l'An Mil a pour but d'évoquer l'organisation sociale, la vie domestique et l'artisanat qui pouvaient s'y opérer. Cette restitution propose une image pédagogique recomposée d’après des analyses scientifiques, archéologiques et historiques . Elle s’illustre à travers une scénographie vivante et un travail d’interprétation élaboré. L'Habitat Castral de l'An Mil présente un modèle global d'une Basse Cour type dans laquelle les visiteurs déambulent comme des voyeurs. Le site regroupe des activités attestées sur différents sites castraux, alliées à des types d'activités ordinairement opérées à l'extérieur de ces enceintes. Ces derniers types d'activités sont malgré tout indissociables de l'environnement quotidien des populations castrales .

 

Les limites de la reconstitution historique

Notre interprétation repose essentiellement sur l'étude sociale, historique et archéologique de différents sites et régions de France, mais aussi d'Europe du nord et du pays Rhénan. Néanmoins, un effort particulier est fait, que se soit dans la reconstitution ou dans le discours, pour être en harmonie avec l'histoire du Château Médiéval de Château-Thierry qui nous semble un modèle exemplaire pour notre démarche. Pour cette approche, notre collaboration avec l'Unité Municipale d'Archéologie est incontournable et elle a permis de reconstituer plusieurs objets et constructions présentés à ce jour sur l'Habitat Castral de l'An Mil. La reconstitution reste avant tout de l’interprétation. Elle n’est pas une fin en soi mais un chemin vers un reflet de l’Histoire. Toute donnée doit être soigneusement étudiée afin de coller au plus près d’une certaine véracité. Car la reconstitution n’approche pas un objet ou un vêtement pour lui-même mais pour l’inclure dans un contexte cohérent, une illustration vraisemblable. Son principe repose sur la mise en scène de données parfois éparses dont la synthèse est légitimée par la conscience scientifique de celui qui la conçoit. Plus qu’un archétype réducteur, la proposition de reconstitution doit ouvrir un champ d’hypothèses permettant d’apprécier une population dans un contexte précis.

Le Centre d’Interprétation médiéval

Textes extraits de
« L’interprétation du patrimoine, cahier espaces »

Le centre d’interprétation est un dispositif muséographique, orienté vers la diffusion plutôt que la conservation. Il utilise une stratégie de mise en valeur qui repose sur une analyse méthodique d’un contenu patrimonial et de diverses techniques de communication. Son usage, dans les pays anglo-saxons remonte à la création des parcs naturels dans les années 1950. Ce n’est que dans le courant des années 1980 qu’il s’importe en France, recevant un écho favorable auprès des acteurs du tourisme culturel. La France qui a toujours été plus attentive à la médiation et à l’éducation est en retard en matière d’interprétation.
Ce sont la création des écomusées dans les années 1970 et de nouvelles réflexions sur la médiation culturelle dans les années 1980 qui ont permis une avancée essentielle vers une nouvelle forme de diffusion culturelle.
Il faut noter qu’il existe une ambiguïté entre le terme « interpretation » en anglais et celui employé en français. Le terme français, peu employé à l’usage du musée, n’est pas à prendre dans son sens de traduction, mais plutôt dans celui d’explication. En anglais, le mot « interpretation » qui signifie également traduction mais aussi évocation ne sous-entend pas, comme en français, les notions de transformation et d’erreur de sens. En définitive, l’interprétation est une activité éducative définie, qui veut dévoiler la signification des choses et leurs relations par l’utilisation des objets d’origines, l’expérience personnelle et des exemples. Nous pouvons ainsi rapprocher le mot interprétation du mot médiation.

Le concept d’interprétation fait appel à une pluridisciplinarité des approches : il n’existe pas une vérité mais des variations de fond et de forme autour d’un patrimoine. L’interprétation s’intéresse au contenu même du patrimoine. Elle a pour but de créer et d’orchestrer une rencontre entre une ressource (objet, territoire ou site…) et un visiteur, en assurant le meilleur équilibre possible entre cette ressource et sa mise en scène, mais aussi entre le vrai et le faux, le musée et le spectacle. L’interprétation est un style qui est à l’image de l’interprète.

Ce style naît d’une passion amenant l’interprétation à un véritable engagement pouvant conduire jusqu’à des valeurs parmi lesquelles la rentabilité économique ne doit pas être oubliée. Instrument pour faire changer les attitudes, l’interprétation devient un moyen d’éducation et de récréation, une source d’inspiration et l’art d’expliquer la place de l’homme dans son environnement en augmentant chez le visiteur la conscience de cet environnement. L’interprétation d’une ressource doit en appeler, d’une façon ou d’une autre, à l’expérience du visiteur. L’information seule n’est pas de l’interprétation, mais l’interprétation présente des informations.
L’interprétation est un art qui en combine beaucoup d’autres cherchant à provoquer plutôt qu’à instruire. Elle doit tenter de présenter un tout plutôt qu’une partie. C’est par l’âme des choses et non par leur nom ni par la récitation de faits que l’interprétation informe le visiteur de ces vérités qui se cachent derrière ce qu’on lui montre.
Il ne faut jamais oublier que l’interprétation du patrimoine appartient au domaine même du sens. Elle nous permet d’entrer en contact avec la valeur à la fois scientifique et spirituelle d’un lieu. Mais il ne suffit pas de mettre en valeur une ressource, il faut pouvoir permettre sa conservation au moyen de partenariats avec des chercheurs, et du prélèvement d’une quote-part sur des recettes d’entrées, destinées à financer la conservation du patrimoine. Car si l’interprétation a pour finalité la diffusion, elle n’en oublie pas pour autant la préservation.

La technique d’interprétation fait usage d’une multiplicité d’outils et de médias : guides, conteurs ; signalétique, mobilier interactif ; scénographie (décor, reconstitution, mise en scène) ; art ; lumières ; audiovisuel ; multimédias ; spectacle vivant (interprétation assurée par des comédiens)… L’interprétation doit rendre le patrimoine proche et vivant. C’est par l’animation que l’on répond le mieux au désir du public de ressentir l’histoire ou un lieu. On peut aussi inscrire le patrimoine dans une réflexion contemporaine en usant de techniques de médiation les plus récentes en faisant appel à la création et à l’artiste. Si on sait qu’aujourd’hui un musée se doit d’être distrayant la question reste de savoir comment interpréter comme il se doit les traces du passé ? Si les nouvelles technologies, comme celles du spectacle et de la mise en scène sont devenues incontournables, l’interprète se doit de les connaître et de les utiliser avec pertinence. Mais il ne doit pas les considérer comme une fin, mais comme un moyen. L’interprétation est une aventure complexe qui implique de multiples interlocuteurs et des techniques variés et différentes. L’interprète doit posséder une grande ouverture d’esprit, un sens du discernement et un esprit créateur et innovateur. Sachant différencier et hiérarchiser une abondante information, il doit être capable de créer des réseaux et établir des partenariats.

A cette époque où l’on constate un tassement de la fréquentation des musées et des monuments historiques (à l’exception des grandes expositions médiatiques), le monde du tourisme cherche à fidéliser une clientèle vers des destinations où elle se sent mieux servie.

La légitimation de Domus Castri

Domus Castri présente une image historique recomposée du Moyen Age. Le site ne présente pas la reconstitution expérimentale d’un site archéologique donné, mais il utilise l’archéologie comme une porte ouvrant sur des questions et des préoccupations culturelles et historiques.
Comme tout centre d’interprétation, il est en premier lieu un outil mis à disposition du public, c’est à dire du plus grand nombre. Malgré tout, sa vocation pédagogique peut se mettre à disposition des scientifiques afin de stimuler leur imagination en direction de nouvelles pistes à explorer. Le discours ne doit pas être réduit par une orientation trop didactique et muséographique. A la différence d’un musée, l’abolition des distances entre le public et les objets, les acteurs et les bâtiments qui les abritent, est la clé qui fait fonctionner cette vivante interprétation. Ainsi, chaque visiteur pénètre intimement et activement une page d’histoire qu’il se compose par ses questions et ses préoccupations personnelles.
Chaque objet, chaque bâtiment et chaque acteur participent à la mise en scène du site. Le public n’est pas dupe de la reconstitution. Les objets et outils ne sont pas exposés pour eux-même mais pour l’histoire qu’ils racontent, leur contexte et leur utilité. Chaque objet présente ainsi une personnalité différente suivant la curiosité des différents publics. Une poterie peut tour à tour raconter l’histoire de la technique de fabrication, de son lieu d’origine, de sa fonction ou de son utilisateur. Cette poterie va devenir le moteur du voyage à la fois dans l’Histoire mais aussi dans les populations qui sont encore susceptibles de l’utiliser aujourd’hui. Elle va être vecteur d’un dialogue qui va au-delà de l’illustration historique. L’utilisation du site par le public peut être comparée à l’utilisation d’un site informatique de type CD-Rom. Le visiteur se promène dans un site virtuel dans lequel il découvre des informations au gré de son intérêt. L’animateur remplace la fiche explicative à chaque « clic » sur le décor.
L’Histoire et l’archéologie étant en constante évolution, le site se renouvèle souvent. Les acteurs doivent agir comme des ethnologues afin de s’imprégner des habitudes et des préoccupations de l’époque, ou du moins de se soustraire aux mentalités et aux habitudes contemporaines.

L’approche économique

Sans être un remède miracle, l’interprétation semble être un très bon outil de reconquête du public. Par une approche marketing, elle permet d’adapter le discours aux différents profils de clientèle et permet de diversifier l’offre en fonction de ses attentes et de ses demandes. Par cette attention renouvelée il est permis d’augmenter la fréquentation du public et d’atteindre des meilleurs taux d’autofinancement.
Domus Castri s’implique donc dans une démarche économique, touristique et culturelle allant de paire avec les objectifs de développement de la Communauté de Communes de Château-Thierry.


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